Les écrans ça craint? Conférence au TAP auditorium, Poitiers, 7 novembre à 10h00, Rencontre Michel Foucault

Table ronde animé par Fanny Morange avec Fardin Mortazavi et Isabelle Féroc-Dumez, une infirmière et un psychologue scolaire

Les jeunes sont-ils aussi hyperconnectés qu’on le prétend ? Une représentation théâtrale des élèves du collège Jules Verne, une vision croisée du monde de l’éducation et du milieu médical et bien sûr, les enfants eux-mêmes… voilà de quoi débattre sur les pratiques médiatiques des digital natives ! Regardent-ils trop la télé, quels sont les effets d’une surconsommation d’écrans, que ce soit dans leur rapport aux autres, dans les résultats scolaires ou d’un point de vue médical, perçoivent-ils les images comme nous, adultes ?  L’école peut-elle faire bon ménage avec les écrans et comment peut-elle accompagner les jeunes ?

Gratuit

Table ronde précédée d’une présentation de travaux par des élèves en classe à horaires aménagés théâtre du Collège Jules-Verne suite à des ateliers menés par Émilie Le Borgne, metteuse en scène, sur le thème de l’addiction aux écrans.

Durée : 1h15

Dans l’après midi il y a aussi :

pour plus d’info cliquez ici pour accéder au site du TAP

Suivie d’une conférence à 16h30 

Les écrans et les jeunes, quelle place pour les parents?

Table ronde animée par Fanny Morange avec Sophie Jehel, Aline Ménoret, Wilfrid Serra, Christian Gautellier

Votre enfant fait partie de ces jeunes qui restent scotchés 5 heures par jour devant leur écran ? Faut-il s’en inquiéter quand l’addiction aux jeux vidéo vient notamment d’être reconnue comme une maladie par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ? L’ultra connexion nuit-elle à leur développement et entraîne-t-elle de nombreux troubles comme nous alertent de plus en plus de scientifiques et professionnels ? Dans ce contexte de surexposition, quel est notre rôle de parents et quel accompagnement mettre en place ?

10 nov. Adolescents, images numériques et construction identitaire Stratégies, vulnérabilités, remédiations, journée d’études avec université Paris 8

Nous présentons les résultats de notre projet CyberOmbre dans le cadre de cette journée d’étude à Paris:

Le 10 novembre 2017, 9h-17h
Adolescents, images numériques et construction identitaire
Stratégies, vulnérabilités, remédiations

Présentation et discussion des résultats de la recherche

Responsable du projet : Sophie Jehel
Maîtresse de conférence en sciences de l’information et de la communication,
Université Paris 8 Saint Denis, Laboratoire CEMTI EA 3388, chercheure associée au CARISM.

Avec la participation de Patricia Attigui
Professeur  de psychopathologie et de psychologie clinique, coordinatrice de l’équipe des psychologues Université Lumière Lyon 2, Laboratoire CRPP EA 656.

Projet soutenu par la Fondation de France, Le GIP Droit et Justice, la direction de la recherche de la PJJ, l’UNAF, les CEMEA, La Ligue de l’enseignement.

L’ambition du projet de recherche

De nombreux jeunes sont confrontés aux images violentes à travers les différents médias, et plus encore avec Internet, involontairement et volontairement. Il nous paraît donc important de prendre au sérieux la rupture que constitue, depuis plus de 10 ans, la proximité des images violentes, sexuelles et haineuses facilement accessibles (téléphone portable, ordinateur) dans le processus de socialisation des jeunes. Il nous semble également essentiel de prêter attention à la nature de la relation que les jeunes entretiennent avec ces images qui reste souvent cachée.

Nous pensons que la connaissance des fragilités de certains jeunes vis-à-vis des images ouvrira de nouvelles perspectives notamment pour lutter contre diverses formes de violences entre jeunes, permettre aux jeunes concernés de ne pas rester dans le clivage entre la consommation solitaire de ces images et l’intégration des valeurs de la société globale et approfondir l’analyse des phénomènes de « radicalisation » cognitive.

Ouverture du colloque, accueil 9h-9h30

Présentation des principaux résultats de la recherche : 9h30-10h15
Sophie JEHEL, MCF Paris 8, chercheure au Cemti, chercheure associée au Carism.

Première table ronde : les vulnérabilités des adolescents face aux images  10h30-12h00

Animation : Laurence CORROY, MCF HDR Paris 3, CADIS.

Patricia ATTIGUI « Entre aliénation et « désaide » : l’adolescent face au pouvoir des images ». Professeur de psychopathologie et de psychologie clinique, Université Lumière Lyon 2, Psychanalyste (Association Psychanalytique de France).

Jocelyn LACHANCE « Les images terroristes : nos adolescents sont-ils des victimes ? », socio-anthropologue de l’adolescence, Docteur en sociologie de l’Université de Strasbourg et en sciences de l’éducation de l’Université Laval.

Angélique GOZLAN, « Du punctum à la fascination : quand les images sur les réseaux sociaux font résonance aux processus adolescents », Docteur en psychopathologie et Psychologue clinicienne, Chercheur associé à l’Université Paris 7 et l’Université Lyon 2.

Geoffroy WILLO « L’adolescent face au trash du numérique : une attirance endogène ou exogène? »,
Docteur en psychopathologie, psychologue clinicien et formateur à l’IRTS Parmentier.

Deuxième table-ronde : images et confrontations aux interdits 13h30-15h

Animation : Fabrice AUDEBRAND, ENPJJ

Serge HEFEZ: « Les adolescents sous l’emprise des images de Daesh », Psychiatre, service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, hôpital de la Pitié Salpêtrière, Paris.

Pierre LEFEBURE, Claire SECAIL, « Attentes, tensions et ambivalences dans la réception du traitement  télévisé des attentats de novembre 2015 », Pierre LEFEBURE, Université Paris 13, LCP-IRISSO, et Claire SECAIL, CNRS, LCP-IRISSO.

Mickael LE MENTEC, « La médiation parentale face aux TIC » MCF Université Picardie, membre du CAREF et du GIS Marsouin.

Troisième table ronde : quelles pistes éducatives par rapport aux images violentes, sexuelles ou haineuses ? 15h15 – 16h30

Animation : Alexandra SAEMMER, Professeur Université Paris 8, Cemti.

Cécile PERRET, enseignante, Elaborer une réflexivité sur les images cinématographiques de violence.

Fardin MORTAZAVI, Musicien/Comédien et chercheur en musicologie et littérature (Université Poitiers) spectacles de théâtre d’ombre avec collégiens.

Isabelle FEROC-DUMEZ, directrice scientifique du CLEMI, MCF en sciences de l’information et de la communication, Université de Poitiers, chercheure au Laboratoire TECHNE.

Christian GAUTELLIER, directeur national des publications, Association CEMEA.

Olivier GERARD, Responsable du pôle média-usages numériques, UNAF.

Conclusion 16h30-17h00 

Serge PROULX, Sociologue, Professeur émérite à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et professeur associé à Télécom ParisTech (France). 

Lieu : UNAF,  28 place Saint Georges 75009 Paris
Amphithéâtre Pierre Laroque

Entrée libre sur inscription obligatoire
Merci d’envoyer un message à l’adresse suivante :
adoimagesnum@gmail.com

Accès :
métro Saint-Georges (L12) (en face), RER A station Auber (15 minutes de marche).
Accès possible pour personnes à mobilité réduite (veuillez nous prévenir)
Projet soutenu par la Fondation de France, Le GIP Droit et Justice, la direction de la recherche de la PJJ,  l’UNAF, les CEMEA, La Ligue de l’enseignement.

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UNAF - Union Nationale des Associations Familiales

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CyberOmbre, Séminaire Université Paris VIII, Le 9 décembre 2016 : Connecter ou déconnecter les jeunes ?

Pour une éducation critique aux médias en contexte numérique,

deuxième saison : « Pré-Figurations / Contre-figurations »

Présentation des travaux de recherche de Fardin Mortazavi depuis 2011 en « Contre-figuration » auprès des jeunes publics

Nov./Dec. 2016 — Séminaire doctoral animé par Alexandra Saemmer et Sophie Jehel, Université Paris 8, CEMTI, dans le cadre de l’ED Sciences Sociales (ED 401).

Les politiques d’éducation aux médias se développent donc actuellement en direction d’objectifs aussi différents que l’introduction des dispositifs et outils du numérique dans les apprentissages, et l’éducation critique à l’information avec dans le viseur la lutte contre le « complotisme » et la « radicalisation ». Face à cette actualité, après une année de travail sur les enjeux de l’éducation aux médias revisités par les sciences de l’information et de la communication qui a réuni des enseignants-chercheurs, doctorants, enseignants du secondaire et autres acteurs sur le terrain, nous avons décidé de poursuivre le chantier en choisissant la thématique « Pré-Figurations / Contre-figurations » comme fil rouge pour cette deuxième saison du séminaire.

Les objectifs investis de façon plus traditionnelle par l’école en France autour de la compréhension des contenus médiatiques, et le développement de la pensée critique vis-à- vis des contenus informationnels restent également d’actualité, revisités à l’aune des préoccupations publiques relatives à la fois à l’égalité « réelle » des femmes et des hommes, à la lutte contre les stéréotypes et les discours discriminatoires, mais aussi à la mise en œuvre de contre-discours susceptibles d’enrayer la diffusion de la « radicalisation » et du « complotisme ». L’école se retrouve en première ligne pour la défense d’un modèle démocratique pluraliste et pour dialoguer avec les jeunes. Cela suppose que ces questions soient définies clairement en tenant compte des acquis comme des difficultés de la recherche.

Programme du vendredi  9 décembre 2016 de 14h à 17h

Connecter ou déconnecter les jeunes ?, salle 402

Francis JAUREGUIBERRY : l’Hyperconnexion et les difficultés de la déconnexion
Fardin MORTAZAVI : Théâtre d’ombre et la déconnexion des collégiens

Voir voir le programme complet cliquez ici

Lieu :    la Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord, 20 avenue George Sand 93210 St-Denis (Métro : Ligne 12, Front Populaire).

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MSH Paris-Nord

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CyberOmbre : Résidence avec collégiens et lycéens

L’évolution exponentielle des outils numériques et notamment la place de plus en plus importante occupée par internet dans notre société ne nous donne pas le temps de réfléchir à toutes les applications ni à tous les usages qu’il peut en être fait, ni de définir de manière adéquate le cadre de son utilisation dans le respect des libertés individuelles et pose donc question. A l’inverse, le temps de plus en plus important occupé par les jeunes générations derrière leurs écrans et plus particulièrement via les réseaux sociaux induit une mutation dans leur manière de réaliser leurs apprentissages, mais aussi dans leur appréhension du monde qui les entoure et leur relation à ce monde. C’est aussi ce dernier point qui a conduit à l’élaboration de ce projet en vue de trouver des réponses à partir de ce que les élèves pourront dire de leur propre expérience de ces nouvelles technologies.

CyberOmbre, ses objectifs

Le projet CyberOmbre permet de relier les pratiques d’internet et des nouveaux outils technologiques par les jeunes générations avec comme attente une meilleure compréhension de l’outil internet pour une prise de conscience de ses enjeux sous-jacents et la nécessité d’une réflexion en tant que citoyen sur l’utilisation qu’il peut en être faite.

Publics et Établissements concernés

Il s’agit de tout public : lycéens collégiens, étudiants ou tout public. Ce projet est destinés aux collèges, aux lycées et aux maisons de quartiers.

Comment

Nous proposons utiliser la « magie de la scène » pour permettre aux jeunes d’aiguiser leur esprit en imaginant et réalisant leur propre monde. Les matériaux utilisés sont: le texte, la musique et l’ombre. Notre accompagnement sera dans la préparation du corps, de la voix, de l’écriture et tout ce qui est nécessaire pour qu’il ait lieu une expression libre dans une un groupe formé sur scène.

Mise en œuvre

Une 1ère phase d’écriture et sélection de texte se réalise dans une collaboration étroite entre les professeurs , les élèves et l’intervenant. Le professeur peut préparer les élèves dans l’appropriation des texte avant le démarrage de la résidence théâtrale.

Une seconde phase en résidence théâtrale se réalise, de préférence, par des séquences les plus longues et les plus rapprochées en fonction du planning du collège et du lycée. L’intervenant prépare un lieu avec ses propres matériaux scéniques,  sono et lumières. Ce lieu peut être une classe aménagée et réservée à la résidence jusqu’à la réalisation du spectacle. Une véritable salle de spectacle est plus magique : celle l’établissement ou celle des partenaires avec une Maison de quartier, Compagnie de théâtre, … . Dans se lieu, se préparent les élèvent et constitue l’âme commune du groupe. Les différents actes s’écrivent en se réalisant et les filages se succèdent.

En dernier lieu un spectacle sera donnée en invitant les autres élèves, professeurs, parents, … . La vraie magie a lieu lorsque ce triangulaire se me en place.

Antériorité du Projet

Notre démarche a été déjà réalisée :

Au Lycée Horticoles de Blois  en 2011 et 2015 (voir les articles de journal en cliquant sur la date) avec le financement de la Région Centre ou avec le Collège

Au Collège Bellevue Dangé Saint Romain en 2015  avec le financement de l’association Parents/Elèves

CyberOmbre : Réalisation Lycée Horticole Blois 2015

Réalisation de spectacle CyberOmbre avec les élèves

Nous intervenons auprès des lycéens et collégiens sous forme d’atelier pour les accompagner dans la réalisation d’un spectacle : la préparation du corps, de la voix, le son, la lumière, la mise en scène, l’écriture, le scripte, la photo, le bruitage, … .La scène devient alors un formidable espace d’imagination réelle au contact de l’Autre. Tout acte imaginé et proposé sera joué, mis à l’épreuve. L’accent sera sur l’écoute,le silence, le contact, le regard sans recherche excessive de performance.

Nous puisons ensemble dans les ressources littéraires anciennes et contemporaines, revisitant l’allégorie de la caverne de Platon, ainsi que des textes de slams et de chansons.

Sans moralisation aucune sur les technologies, il s’agit d’aiguiser les esprit dans l’appropriation de ces nouveaux supports de communication qui mettent en perspective des questions fondamentales telles que: le droit à l’image, le droit à l’oubli, la communauté, l’élaboration du savoir,…

Ici, nous pouvons visualiser des photos des ateliers de deux classes du Lycée horticole (1ère TCVA, 1ère TCVPJ) de Blois pour préparer un spectacle d’ombre le 14 mars 2015.

Article-la-nouvelle-republique-20150313

CyberOmbre : Résumé du projet de recherche universitaire

Notre modèle d’éducation est dominé par l’autonomie et le développement personnel. Suivant ce modèle, les industries médiatiques outrepassent l’autorité parentale et imposent un mode de vie centré sur la liberté individuelle, différente de celle imaginée par les philosophes des Lumières. De l’autre côté, les parents craignent l’affaiblissement de la transmission des valeurs qui garantissent une société démocratique : le respect de l’enfant et de son immaturité, la non-violence, le respect d’autrui, le dialogue et la dignité humaine.

Sans la perspective claire d’une régulation de contenus à risques, des experts interviennent alors dans les écoles pour un meilleur usage des médias. Ainsi, certains lycées et collèges, par le médium théâtre, tentent de permettre aux jeunes de repenser cette emprise numérique. Après plusieurs résidences avec des élèves, l’intervenant entame la présente recherche pour acquérir des clés d’accès à cette microsociété où les jeunes sont souvent en déprise de ce qui leur arrive.

La scène est révélatrice d’un grand manque de présence, de perception des choses immédiatement proches ; conséquence d’une perception biaisée par les prothèses techno-sensorielles et d’une domination du présentisme. Il n’y a plus le temps de penser, plus de temps inutile. Ceci augmente les risques de manipulation et de dérive idéologique dans une société fonctionnalisée. En dehors des normes imposées, cette scène, cet espace vide tente de réunir des conditions de présence pour que le jeune puisse se permettre de réinventer de nouveaux rapports entre les objets. Il traverse l’écran pour créer une image, tu n’es qu’une ombre et l’ombre est toi, et voilà tout. Il jubile avec, il s’emprisonne dedans, puis se libère du monde des apparences. Alors, le vécu esthétique s’intensifie. Parfois, par surgissement, s’ouvre une brèche, un éclair le traverse, son visage se tanne de lui-même, comme Angelus Novus ; le jeune s’approprie son monde. Cette brèche est là pour penser, comme un vent, une recherche de signification dépourvue de toute signification, pour le sens commun comme définit Hannah Arendt. Dans cette première phase de recherche l’auteur étudie les conditions de production de présence et d’un vécu esthétique sur cette scène. Dans une seconde phase, il tente de transformer cette scène en une arène où les valeurs de l’univers numérique affronteront celles des autres, sous l’arbitrage des jeunes.

CyberOmbre, Problématique du projet

Extrait du travail de recherche en Master II Littérature texte/image, Université de Poitiers, juillet 2015 par Fardin Mortazavi :

CyberOmbre : une pratique théâtrale par les jeunes pour penser les medias

Sous la direction de Professeurs Denis Mellier et Luc Vigier avec Professeur Christine Baron en membre de jury

« The medium is the message »
Marshall McLuhan[1]

En 1964, Marshall McLuhan, théoricien canadien de la communication, posait les jalons d’une définition moderne des médias. Il les définit comme le prolongement technologique de l’individu, comme un nouveau sens de perception, lui permettant de recevoir un message. Il démontre l’importance du média en tant  que moyen (medium) de communiquer ce message, concevant l’idée que ce dernier puisse être le message lui-même. Il imagine, ainsi, la standardisation des sociétés au travers d’une  culture médiatique commune en proposant le terme de « village planétaire ».

« L’enfant très jeune est comme le primitif : ses cinq sens sont utilisés et ont trouvé un équilibre. Mais les technologies changent cet équilibre ainsi que les sociétés. L’éducation développe un sens en particulier. Hier c’était la vue, par l’alphabet et l’imprimerie. Depuis plusieurs décennies, c’est l’ouïe. Et désormais, c’est notre système nerveux central » (Ibid.p45).

L’arrivée d’un médium : la parole, l’imprimé, la roue, la route, …, l’Internet bouleverse le sensorium, la somme de l’interaction des divers sens. Le médium permet à l’homme de lâcher son milieu pour le saisir autrement. McLuhan prévoyait l’arrivée d’Internet en le désignant comme la phase finale des prolongements de l’homme. Par ce biais, on simule technologiquement la conscience et le processus créateur de la connaissance s’étend collectivement à l’ensemble de la société humaine. La phrase phare de la pensée de McLuhan The medium is the message est traduite : Le message c’est le médium, ou Le médium est le message. Cette phrase présente un sens circulaire. D’une part l’outil même, l’effet technologique est un message comme le passage de la parole à l’imprimé a permis à un gouverneur d’étendre son pouvoir d’une ville à la région. D’autre part, le contenu d’un médium est à son tour un médium ; un savoureux morceau de bifteck que le cambrioleur offre au chien de garde de l’esprit pour endormir son attention.

Les préadolescents et les adolescents, les jeunes[2], se connectent aux nouveaux médias d’une manière très intense et souvent autonome ce qui les rend assujettis à la forme et au contenu des médias fréquentés. Les parents et l’école n’ont plus aujourd’hui le monopole de l’éducation. « Les modèles dominants d’autorité parentale accordent une attention particulière au développement personnel et à l’autonomie, [… ce modèles] qui peuvent faciliter l’influence des discours extérieurs, celle des pairs comme celle des médias[3] ». L’entrée des écrans dans la famille et l’école est devenue d’autant plus facile que la théorie de la réactance est dominante dans la pensée éducative actuelle : l’interdit suscite chez l’être humain un désir d’y accéder plus grand. C’est l’attrait du fruit défendu (Ibid.148). Or le rôle éducatif des médias reste très difficile à évaluer dans la transmission des connaissances, des valeurs et des normes. « Rien n’assurent notamment que les modèles qu’ils véhiculent soient en accord avec les principes que les parents ou l’école cherchent à transmettre » (Ibid.). Les pédagogues progressistes militent pour une place plus grande des images et des médias à l’école. Les médias sont introduits dans les programmes scolaires « mais l’éducation aux médias manque encore de moyens pour que se construise une action d’envergure, notamment hors de l’école[4] » (Ibid.).

C’est pour quoi la régulation des médias est considérée par les parents et les éducateurs nécessaire et urgente : l’éducation des jeunes devenant impossible sans celle-ci. Elle imposerait alors un cadre d’utilisation et d’interprétation adapté à la double nature des médias : culturelle et industrielle. Comment peut-on situer la diffusion des contenus à risque dans l’économie des médias? « Dans la société du risque, la production industrielle est corrélée à la production sociales de risque, comme l’a mis en évidence le sociologue allemand Ulrich Beck en 1986 » (Ibid.8-9). Même si les médias peuvent nous informer sur les risques sociaux et écologiques, leur approche culturelle est industrielle et cherche la rentabilité – fait souvent négligé par les pédagogues. Les médias sont au cœur de cette production de risques en tant que moteur de consommation des ménages par la publicité sur leurs propres produits et ceux des autres secteurs industriels. La diffusion des risques rend la tâche des parents et des éducateurs de plus en plus complexe, en dépit des injonctions des pouvoir publics.

Les jeunes sont dans l’emprise du monde numérique de Cartables Electroniques, Cloud, e-book, Twitter, Tablettes tactiles, Facebook, Smartphone, big-data … monde au sein duquel les industriels recomposent un nouveau monde selon leur propre logique : celle de la performance et de l’efficacité. Il faut  s’adapter et se mobiliser intégralement dans les « réseaux sociaux » et au plus vite sous peine d’être exclu. « Enfin libre ! » disent les jeunes, alors qu’au contraire, ils dépendent de plus en plus de ces dispositifs technoscientifiques. Ils se trouvent dans une situation de déprise : une incapacité de comprendre ce qui leur arrive, par manque de recul et de distance, naît alors une forme d’indifférence à leur propre situation[5].

Dans ce contexte de déprise, de rupture de la transmission des valeurs, de pulvérisation des formes traditionnelles d’autorité d’une part et d’incertaine perspective d’une régulation efficace des médias d’autre part, les parents et les éducateurs tentent de réinventer de nouvelles formes pédagogiques pour que les jeunes repensent les médias dans leur microsociété. Ils multiplient l’intervention des experts sur les dangers et les bons usages des médias. Ils tentent, parallèlement et par d’autres moyens tels la culture, le théâtre : un médium artistique permettant aux jeunes de repenser les médias. Ses actions sont alors centrées autour de trois axes, la culture comme :

1. Le souci de soi et de l’autre, socialisation, liens avec l’autre.

2. S’oublier, s’évader, lâcher prise, prendre du temps autrement que par les médias.

3. La culture comme origine de savoir et de pouvoir, développement de l’esprit critique.

C’est dans ce contexte précis que j’ai été sollicité, depuis 2011, par des établissements scolaires : collèges et lycées, pour mettre en place des résidences artistiques de création de spectacles vivants avec les élèves sur le thème des nouveaux médias, les réseaux sociaux, l’Internet. Les objectifs me paraissaient généraux et la mission complexe et difficile à mettre en œuvre. En effet les résidences sont courtes et les élèves ne s’inscrivent pas volontairement dans cet atelier de théâtre. Dès les premières rencontres avec les jeunes, les nécessités ressenties, m’ont guidé dans la construction des modalités de mise en œuvre : un espace vide comme forme, impliquant le corps et la voix, une forme proche du théâtre immédiat[6] proposé par Peter Brook et le théâtre d’Ombre comme substance et matériau de réalisation. La forme espace vide s’imposait par l’impossibilité de mettre en œuvre une performance, un théâtre classique de texte. Il fallait un espace tout à la fois libre et encadré pour que les jeunes puissent s’y réaliser librement en dehors de leurs schémas éducatifs habituels. Le matériau d’ombre a été choisi, d’abord comme écran protégeant les jeunes comédiens non professionnels du regard de spectateurs, puis pour étudier les lois de formation d’une image et d’une représentation sociale. Les jeunes, sont-ils des produits de la façon imaginaire dont ils se présentent le monde? Ou est-ce par le prolongement de leurs organes sensoriels et sous le contrôle invisible des médias que leur identité sociale se construit? Dans cette logique, inévitablement, j’ai rencontré le texte de l’Allégorie de la Caverne[7] de Platon : il signifie que notre rapport au réel est un rapport imaginaire, médiatisé à notre insu par un médium : une langue, un milieu culturel, etc. Ceci permettrait de prendre conscience que nos représentations sont fabriquées : le monde des apparences. Cette confrontation entre le monde numérique des jeunes et la substance fondamentale de la scène a produit son appellation : CyberOmbre.

Cette scène a joué un rôle de révélateur des enjeux pédagogiques et sociaux dans le milieu scolaire. Après les premières résidences en 2011-12, je constatais une modification importante de leur équilibre des cinq sens, le sensorium, tourné vers le virtuel, comme l’imaginait McLuhan par l’accès du médium technologique à la conscience[8]. Je constate deux  conséquences observables sur mes scènes :

1.     Une réduction de l’espace de penser, comme le défini Hannah Arendt et Leslie Kaplan (voir II.1). Cet espace est à distinguer de l’activité de savoir qui cherche la vérité et agit dans la dimension scientifique de cause à effet et se finalise par une action. J’ai été surpris, surtout chez les plus âgés, les lycéens par ces traits de caractères dominants : très pragmatiques,  aquoibonistes, avec des conduites dictées par les médias et ses contenus  qui entraînent par ailleurs une déprise et une indifférence à leur propre autonomie, une impensée numérique.

2.     L’acte de penser est réduit aussi par une compression du temps. Ce temps omniprésent, présentisme, crée un stress permanent de manquer la course, d’en être exclu, sans mémoire du passé ni rêve d’avenir entraînant une inattention dans le vrai présent. L’activité de l’esprit n’a plus le temps de penser de se relier à la mémoire du passé (les machines le font!) pour être là et imaginer et recomposer son propre avenir, ce qui peut être définie par une dimension de présence temporelle.

3.     Une hyper-activation de la conscience, par virtualisation, déséquilibre le sensorium, aux dépens d’une perception directe par nos cinq capteurs sensoriels (traditionnels, classiques!). De ce fait, les présences incarnées ont peu de chances d’avoir lieux : le toucher, le regard, l’écoute, …. . Les jeunes croient qu’il est possible d’être présents à plusieurs endroits : le rêve d’ubiquité. Très encapsulés dans l’univers numérique, ils sont d’une timidité aigüe résultant d’une utilisation amoindrie de cinq sens (liée aussi à leur âge). De ce fait, ils ont peu de présence incarnée sur scène, la présence spatiale, peu de capacité à  percevoir ce qui est immédiatement là, ici maintenant.

Ces révélations m’aident alors à mieux comprendre les objectifs de la mission confiée par l’école : la construction de leur propre identité sociale et l’acquisition d’un esprit critique pour repenser et s’approprier leur propre destin en dehors de l’emprise numérique. L’importance de cette problématique sociétale des jeunes, face à l’écran, la complexité d’un tel enjeu et surtout les yeux pétillants des jeunes devant mes yeux humides après leur première expérience scénique, m’imposent alors de prendre un temps à mon tour de penser. Je suis un « acteur-social », un artiste intervenant confronté à des données éthiques, psychologiques et sociologiques, en plein cœur d’une institution éducative. Je passe de l’autre côté, « enquêteur » pour mettre au clair ces données et les rassembler dans un projet de recherche. Ce dernier devrait permettre d’ébaucher une pratique théâtrale, de spectacle vivant, et servir d’outil de recherche et de régulation de l’emprise numérique auprès des jeunes.

[1] PARE Jean, Conversations avec McLuhan, 1966-1973, Montréal,  éd. Boréal, 2010
[2] Suivant les conseils d’un professeur de lycée, je les nomme désormais les jeunes.
[3] JEHEL Sophie,  Parents ou médias, qui éduque les préadolescents ? Enquête sur leurs pratiques TV, jeux vidéo, radio, Internet, éd. Erès avec CEMEA, «Education et société», 2011, p7
[4] Voir le rapport de la commission de la Famille, éducation aux médias présidée par Agnès Vincent-Deray, juin 2009, dont les principales recommandations n’ont toujours pas été suivies d’effet, téléchargeable sur www.cieme.org, consulté le 14/12/2014
[5] BIAGINI Cédric, L’emprise numérique, Comment Internet et les nouvelles technologies ont colonisé nos vies, Paris, éd. Echappée, « Pour en finir avec », 2012
[6] BROOK Peter, L’espace vide, Ecrit sur théâtre,  traduit par Estienne Christine et Fayolle Franck, Paris, éd. Seuil, « Pierres Vives », 1977 (1968), p133
[7] PLATON, La République, Livres VI et VII , traduit par Karsenti Tiphaine et Prélorentzos Yannis, Paris,  éd. Hatier, «Les classique Hatier de la philosophie», 2000
[8] Même si, on relève un apport de confort dans les domaines du savoir et de l’intelligence : la mémoire, la puissance de calcul, la multifonctionnalité, la géolocalisation, la vidéoconférence, la conduite des machines, etc. En 1978, pour résoudre une formule de moindre carrée, il me fallait quelques heures, en 1985, avec les première IBM, je programmais sur 15 pages en langage Basic, pour créer la formule, maintenant sur une feuille tableur, je liste mes valeurs en deux colonnes, en un clic j’ai tous les résultats!